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« IL FAUT VULGARISER LE SAVOIR AFRICAIN »

Venu au chevet de son père malade, Serge Bilé journaliste, résidant en Martinique, auteur de plusieurs best-sellers, s’est entretenu avec nous autour de la question noire, thème qu’il affectionne tant et qu’il essaie de traiter au fil de ses œuvres tant littéraires cinématographiques que musicales.

Né en Côte d’Ivoire, fils de journaliste et journaliste lui-même à RFO, Serge Bilé a quitté son pays natal à l’âge de 13 ans. C’était en 1973. Passionné par tout ce qui touche à la question noire, Serge a plusieurs cordes à son arc : documentariste, écrivain et auteur, compositeur et interprète.

En 1994, Serge Bilé en vacances en Côte d’Ivoire donne son opinion relativement à l’emprisonnement des militants des partis de l’opposition. Il sera, pendant deux semaines, interné à la Maca (Maison d’arrêt correctionnel d’Abidjan).

De retour en France, il va réorienter sa carrière en allant s’installer en Guyane. Là-bas, il découvre une communauté (les Boni) qui ressemble étrangement à une autre communauté linguistique (les Agni) de Tiassalé, d’Abengourou, d’Aboisso en Côte d’Ivoire. D’où la création en 1995 de l’association Akwaba qui a permis aux écrivains, cinéastes, peintres, chanteurs, conteurs, acteurs et bien d’autres Martiniquais de se produire à Abidjan et à leurs homologues d’en faire autant à Fort-de-France. Ces échanges culturels ont duré pendant quatre ans. « Ce pont jeté entre l’Afrique et la Martinique a très bien fonctionné sur le plan culturel. Mais dans ce genre de projet, il faut une décision politique. Il faudrait que nos Etats s’approprient le projet car ça coûte cher. Pendant quatre ans je l’ai financé sur fonds propre. Aujourd’hui je suis épuisé … », a-t-il indiqué avant de renchérir : « En son temps de bonnes volontés m’ont aidé à payer quelques factures. »

DE LA QUESTION NOIRE

Le thème de la question noire n’est pas pour lui une obsession. « Je voudrais à travers ce thème dévoiler un pan de l’Histoire. La déportation des Noirs dans les camps de concentration et d’extermination de l’Allemagne hitlérienne. Je voudrais montrer outre la traite négrière, l’esclavage que les Noirs à l’instar des Juifs ont été massacrés par les nazis, ont aussi vécu l’holocauste. D’où mon premier ouvrage « Noirs dans les camps nazis » édité en 2005 », s’est-il défendu. Ce livre, il faut le souligner, a été l’objet de controverse au point où la justice française a condamné France Télévision pour avoir faussé le déroulement du concours.

Après ce livre, fruit de ses enquêtes, Serge Bilé va s’interroger sur la légende du sexe surdimensionné du Noir. Il va chercher l’idéologie qui sous-tend une telle imagerie. « Cette légende, dira-t-il, remonte au temps de Noé. » Et de renchérir : « L’un des fils de Noé- Cham- l’a découvert nu et s’est moqué de lui. Selon certaines traductions Cham aurait couché avec son père. A l’issue de cet acte odieux Cham sera condamné par son père, Noé. Ce qui transparaît ici c’est la bestialité de Cham qui selon certaines traductions serait l’ancêtre de l’homme noir. Mieux selon Genèse 10 ce sont les descendants de Cham (Hamites) qui auraient peuplé l’Afrique, le continent noir. » Et Serge Bilé de faire cette déduction : « Si l’ancêtre du Noir a forniqué, a sodomisé son père c’est parce qu’il est non seulement un animal mais parce qu’il a un sexe surdimensionné. Voici comment se fabriquent les clichés et imageries. D’où le titre de mon second livre : « La légende du sexe surdimensionné des Noirs » pour mettre à nu cette légende qui rend l’homme noir une bestiole. » Edité en 2005, cet ouvrage, contrairement à ce que le titre pourrait laisser supposer, traite du racisme et de l’emprise des idées reçues sur les Noirs. Il déconstruit toute idéologie ramenant le Noir à une personne ignorante, inepte, à une bête de somme.

En réponse nul doute au discours, du président français Nicolas Zarkozi, prononcé à Dakar au Sénégal accusant le Noir d’être absent dans l’histoire de l’humanité, Serge Bilé publie en 2008 « Quand les Noirs avaient des esclaves Blancs ». Cet essai met en lumière la période fastueuse de l’histoire africaine, celle du Moyen Age où le Soudan occidental connut une formidable apogée. Cet ouvrage, comme on le constate, déconstruit l’idéologie selon laquelle est un acteur passif de l’histoire. En revanche, il rétablit la vérité. La vérité que Nicolas Zarkozi refuse d’admettre.

Sur le plan cinématographique, Serge Bilé a produit et réalisé des documentaires relatifs à la question du Noir. En portent témoignage « Les Boni de Guyane » primé au festival du film de Montréal, « Noirs dans les camps nazis » et plus récemment « Maurice le saint Noir »

Homme de culture, Serge Bilé est aussi auteur, compositeur interprète. « Nouveau monde », l’une de ses productions discographiques est distinguée par la SACEM et enregistrée au profit de l’Unicef par une pléiade de célébrités dont Manu Dibango. Il a écrit aussi Madiba, une comédie musicale qui met en lumière un pan de l’histoire de Nelson Mandela. « Cette comédie musicale, soutient-il, relate les dernières années d’emprisonnement de Mandela ».

DE L’ELECTION DE OBAMA

Au cours de cet entretien, Serge Bilé s’est dit heureux et fier qu’un Noir soit devenu le président de la grande puissance mondiale, les Etats-Unis d’Amérique. Car selon lui Obama devient ainsi un modèle de courage, d’abnégation, un symbole. Il a souligné que cette élection est le résultat des luttes menées par des pionniers tels que Martin Luther King et bien d’autres. En revanche, il a fait cette observation suivante : « Quoi qu’on dise Obama est Américain donc il défendra les intérêts américains, les intérêts du peuple américain. Nous ne devons pas nous faire des illusions. Cependant cette élection déconstruit toute idéologie rendant bestiole le Noir. »

Auteur de plusieurs best-sellers l’écriture de Serge Bilé traduit à bien des égards une sorte d’hantise ,d’idée fixe de la vérité historique de tout ce qui heurte, titille, effleure la question noire. Passeur de mots, de savoir, il soutient que le savoir africain doit sortir des arcanes secrets, obscurs pour être vulgarisé. C’est dans cette optique que son prochain ouvrage traitera de la relation entre le Vatican et le Noir.

En attentat cette sortie prochaine de ce livre, ET SI DIEU N'AIMAIT PAS LES NOIRS ? son site Internet « paroles d’esclavage » donne la parole aux « anciens » afin qu’ils disent l’esclavage tel que leurs parents et arrière-grands-parents l’ont directement vécu et eux-mêmes raconté à leurs enfants et petits-enfants.

AUGUSTE GNALEHI
augustegnalehi@hotmail.com