UN POLAR A VOUS GLACER LE SANG

Le Front, samedi 7 avril 2007

AUGUSTE GNALEHI
augustegnalehi@hotmail.com



Sesame Editions vient de publier Crime crapuleux à N’glowama de Jean Luc Djéa, sa toute première œuvre de fiction, après son entrée dans l’univers ivoirien de l’édition avec Le Sphinx du même auteur. Une œuvre à mi-chemin entre le polar et le roman réaliste.


Une pénombre. L’ombre d’un homme grand tenant en main une arme. Au bas de cette ombre, une main ouverte. Sûrement, le cadavre d’une des nombreuses victimes de cet homme mystérieux. Entre l’ombre et la main le titre de l’œuvre est écrit d’une manière sanguinolente. Comme on le voit, la couverture du roman interpelle le lecteur averti et le plonge dans le suspense…

Pour ceux qui, dans la grisaille de l’actualité littéraire, n’auraient pas trouvé leur compte d’angoisse, de meurtres et de folies humaines, voici Crime Crapuleux à N’glowama le nouveau roman de Jean Luc Djéa,  le premier thriller ivoirien . Après quelques récits puant à l’eau de rose et un essai politique Le Sphinx, on se disait qu’il était difficile pour lui d’aller plus loin dans la construction d’une intrigue à multiples rebondissements (ce qui l’oblige parfois dans ce cas de figure à des contorsions hasardeuses) et l’exploration des faits divers.

DE L’exploration des faits divers

C’est dans cette voie que Djéa engage le lecteur. Ce roman a pour points d’ancrage une époque précise, un lieu déterminé, des personnages référentiels. Malgré tout cela, l’imagination joue son rôle.

L’histoire : Foundi, pays de paix dirigé de main de Velours par Nanan Boua Oufoué est en proie à la terreur, au pillage organisé. En effet, une bande de voleurs, de crapules sème la désolation, l’horreur et la mort à N’glowama, capitale économique de Foundi. La population désabusée, déboussolée ne sait plus à quel saint se vouer. Zerbo, le chef des crapules, est invulnérable.

Douengué, jeune commissaire en stage au Maroc est appelé d’urgence à Foundi par Nanan Boua Oufoué. Objectif : mettre des moyens colossaux à la disposition du jeune commissaire en vue d’éradiquer la racaille qui sévit sur le territoire de N’glowana. Douengué, après enquête, découvre que Zerbo et sa bande viennent de Boyorandougou et que pour les vaincre, il faudra qu’il fasse un tour dans ce pays. Il se souvient alors de Youl Kambou, un ami avec lequel il était ensemble à l’Ecole nationale de police.

Du pouvoir mystique

Ce récit nous emmène dans le Nord de Foundi en quête d’un pouvoir mystique en vue de venir à bout de cette bande qui ne cesse d’endeuiller des dizaines de familles. Mais de quelle manière approcher le monstre, le séduire, l’intriguer ? Et c’est là qu’intervient le savoir-faire du narrateur qui poursuit son numéro l’équilibriste à la frontière du vraisemblable et du fantastique pour monter un récit à vous glacer le sang.

« Le commissaire Douengué s’approchait quand il vit l’homme, le visage effectivement balafré comme sur la carte d’identité, glisser la main droite dans la poche de son pantalon. En un éclair, Douengué dégaina son arme dont la précision avait fait embrasser le sol à bien de malfrats redoutables. Nullement impressionné par l’éclat mortel du revolver comme s’il rêvait d’une mort glorieuse, Zerbo avançait. Il sortit lui aussi son arme, un calibre 12 à canon scié et fonça sur le commissaire Douengué… »

A mi-chemin entre le polar et le roman réaliste, les personnages de Djéa sont pris dans un engrenage infernal, une intrigue psychologique aux ressorts classiques. D’ailleurs, le lecteur n’a aucun espoir de reprendre son souffle avant la toute dernière page.



Auguste Gnaléhi
augustegnalehi@hotmail.com





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