LE BIENFAIT N'EST JAMAIS PERDU

Auguste Gnalehi, critique littéraire
augustegnalehi@hotmail.com

Une couverture multicolore. Une illustration d’Annick Assemian montrant des milliers de cavaliers habillés en or, des colonnes de griots et musiciens louant la gloire, la générosité d’un homme richissime sur un cheval escorté de guerriers brandissant leur sabre. Tout ceci donne au texte des allures d’un récit relatant des exploits d’un roi conquérant.
Quant au titre, Kolou le chasseur, il fait penser à une histoire dramatique, voire tragique. A première vue, l’on aperçoit à travers ce hiatus formel une sorte d’oxymoron. Non ! Erreur hâtive d’appréciation.
Kolou le chasseur est un conte de 32 pages écrit par Serge Grah et coédité par Aniss Editions et Les Classiques ivoiriens. C’est un récit dense qui introduit le lecteur dans un monde de croyances diurnes et nocturnes et de mystères profonds. A noter que ce livre pour enfants est en vente en Côte d'Ivoire.

LE TRAGIQUE DES CONSCIENCES

En revanche, ce récit restitue le fonctionnement des sociétés africaines en pleine métamorphose, en pleine déstructuration. Serge Grah note, d’une manière subtile, les moments de fluctuation et de transformation dans des mouvements épaississant le tragique des consciences : le déni, la médisance, la jalousie, la haine, le mensonge.
En effet, ce récit relate l’histoire d’un chasseur courageux nommé Kolou. Un jour, revenant de la chasse, heureux et lourdement chargé, soudain il entend des cris…Les voix viennent d’un trou où sont tombés Touwo l’être humain, un rat et un serpent. Kolou prit de compensions va les sauver tous sans tenir compte des sauts d’humeur de l’homme. Boté, le rat respecte sa parole donnée en rendant effectivement le chasseur l’homme le plus riche de la contrée. Touwo, jaloux trouve nuitamment le Roi pour lui raconter des balivernes. Courroucé, le Roi sans aucune forme de procès condamne Kolou à mort. Bona, le serpent ayant une dette envers le chasseur le sauve.
Mais chose étrange Bona permet, grâce à sa ruse, à Kolou d’épouser la fille du Roi. Touwo, le jaloux, le médisant meurt pour sauver la princesse de la morsure mortelle de Bona.

UN CHEMINEMENT…

Ce texte, loin d’être abscons, est un cheminement, un conte initiatique au sens noble du terme. Ce récit tente de montrer les espaces par lesquels s’insinue traîtreusement le mal dans les cœurs des hommes. Ce mal qui pousse l’homme envieux, jaloux à assassiner son semblable. La mort de Touwo est un avertissement, une mise en garde. Ne dit-on pas que le salaire du péché c’est la mort ? Certes ! Cependant le conte de Serge Grah dépasse cette symbolique religieuse pour retracer le cercle violent dans lequel vivent les hommes.

On le voit, ce texte se fait chemin qui amènerait à la reconnaissance du bienfait. Dans ce cas d’espèce, la mort vient rétablir l’équilibre entre l’homme et son milieu sociopolitique. La mort n’est pas une malédiction mais plutôt une expérience historique menant les monstres dévorateurs des consciences à changer de comportement, à humaniser leur acte, leur vision du monde.

L’IDEOLOGIE DE KOLOU LE CHASSEUR
2
Ce conte au second degré de lecture interpelle tout lecteur. Serge Grah vise dans ce récit un autre but : dénoncer, à travers l’attitude de Touwo et du Roi, le despotisme et l’injustice ;et aussi montrer que tout acte que l’on pose a une conséquence. L’acte gratuit n’existe pas. Du coup ce texte pour enfants devient philosophique.
Ce récit, qui n’a pas de formules codées d’ouvertures spécifiques au conte, aurait bien pu être considéré comme un texte ordinaire tellement les faits narrés ont prise sur la vie réelle. Mais l’auteur, faisant jouer ses qualités de conteur, avec bien sûr la complicité de l’illustratrice Annick Assemien, a su donner l’illusion en prenant quelque distance avec le réel.

Pour Serge Grah le bienfait n’est jamais perdu, alors tâcher de faire le bien autour de nous…

AUGUSTE GNALEHI
Critique littéraire
augustegnalehi@hotmail.com