1 Management des services publics :

la vision de Charles Koffi Diby

Avec allégresse, le ministre ivoirien de l’Economie et des Finances, Charles Koffi Diby mobilise toute son expérience professionnelle pour la théoriser à travers un ouvrage de référence édité par Nei/Ceda : Management des services publics : retour d’expérience … des raisons d’espérer. Et ce, en vue de jeter un regard critique sur l’administration publique ivoirienne, pour apporter des solutions idoines.

De l’expérience à la théorisation.

Soucieux de résoudre certains problèmes cruciaux, épineux et bien complexes de l’administration publique tels que le mauvais recrutement sous fond de corruption, le manque de motivations dont le signe le plus probant est le mode d’appréciation du travail, l’auteur essaie de théoriser son expertise pour la postérité. On le voit, partir de l’hypothèse que « ne briller en général ni par la qualité de leurs servicles administrations africaines sont réputées es, ni par la qualité des relations avec les usagers du service public, encore moins par l’intégrité morale et l’efficacité des fonctionnaires » (page 32), Charles Koffi Diby se fixe pour objectif d’une part, de décrypter l’administration publique à partir de son expérience et d’autre part, de montrer la nécessité d’une approche nouvelle. C’est nul doute dans cette optique que ce livre, qui comprend trois grandes parties, vise fondamentalement à :
- provoquer des débats quant aux faiblesses dans la gestion des services publics, ce qui donnera l’occasion d’apporter des compléments d’explications ;
- définir les exigences d’une approche nouvelle de la conduite de l’action administrative ;
- et enfin montrer l’approche nouvelle à l’épreuve des défis et enjeux futurs des administrations publiques.
L’œuvre aborde le fonctionnement des services publics sous tous ses aspects, car la réforme qu’elle préconise est un tout. Il est à souligner que l’objet de ce livre est une réflexion sur la théorisation d’une expérience de management participatif dans les services publics.

De la démarche de l’auteur.

Cet ouvrage est un ensemble logique et progressif permettant au lecteur de découvrir, au fil des chapitres, les différents aspects du dysfonctionnement de l’administration publique, leurs ramifications avec le facteur humain, architectural, les pesanteurs socio-culturelles et surtout le non-respect des valeurs civiques et morales. Face à cet état des lieux très peu reluisant, ‘’Management des services publics’’ interpelle le lecteur sur les intentions de l’administration ivoirienne et de l’attente des Ivoiriens. Alors question : quel type d’administration voudrait l’Ivoirien et quels rôles veut-on assigner aux services publics dans la politique générale du développement de la Côte d’Ivoire ? Et c’est là que transparaît en filigrane la vision de Charles Koffi Diby. En effet, la démocratisation du processus décisionnel est au cœur de sa démarche. L’enjeu ici, c’est la démythification de la fonction de chef, la désacralisation du pouvoir et la redistribution des tâches : la démocratisation des tâches. En d’autres termes, selon l’auteur il faut démythifier le grand-frérisme cette nouvelle forme d’organisation sociale basée sur l’appartenance familiale et ethnique. Pour Charles Koffi, le manager n’est pas le puissant directeur trop éloigné des réalités de ses subordonnés, mais c’est celui-là même qui doit jouer le rôle de facilitateur, de conciliateur, de coordonnateur de son service. ‘’Sa vocation est d’être le chef d’équipe (…)’’ page 80.

De l’intérêt de l’ouvrage.


Le projet de ce livre de rupture avec la langue de bois n’est pas de faire le tour d’une question, de l’épuiser et de la considérer comme réglée, avant de passer à la suivante.
Si Charles Koffi Diby avait eu cette intention à propos du dysfonctionnement des services publics, il serait passé immanquablement à côté de son sujet. Et la forme de son œuvre aurait nul doute contredit son contenu. Or, cette contradiction n’existe pas. Il est vrai que la nature de la question traitée appelle un accord spécial, une manière adéquate de penser et d’écrire. L’intérêt singulier de ce livre, c’est que ce n’est pas un regard extérieur qui s’interroge sur la possibilité de bâtir une administration efficace et compétitive alliant valeurs traditionnelles et principes de gestion moderne. Ce pourrait être le fil conducteur de ce livre dont le projet, l’écriture et l’architecture invitent , à chaque instant, le lecture à partager, non pas ce qu’il contient, ce qu’il maîtrise, mais ce à quoi il s’ouvre et aspire : ni plus ni moins qu’une administration forte.
Cet ouvrage pêche par moments car il n’est aucune œuvre se référant à la sociologie du travail, à la sociologie des organisations. Les ouvrages cités dans cette étude sont des romans, des articles de journaux. En revanche, ces quelques remarques n’enlèvent rien à la qualité de l’œuvre. Bien au contraire.

Auguste Gnaléhi ,critique littéraire
augustegnalehi@hotmail.com
" Le Front"