LA SONATE MACHIAVELIQUE

D'ANDRE SILVER KONAN


Le Front samedi 7 juillet 2007

AUGUSTE GANLEHI

CRITIQUE LITTERAIRE


Annoncée tambour battant, l’œuvre d’André Silver Konan, après lecture nous a laissé sur notre faim. Ce recueil de trois nouvelles, publié par Le Nouveau Réveil, organe proche du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), n’est qu’une sonate machiavélique où s’orchestrent toutes sortes de contradictions et d’ambiguïtés...
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L’opposant historique. Tel est le titre du recueil de nouvelles d’André Silver Konan, journaliste à Le Nouveau Réveil. Cette œuvre hautement politique est écrite sous l’angle machiavélique.

Le combat d’un exorciste

Pour mieux exorciser la Côte d’Ivoire et ceux qui la dirigent, Silver Konan présente au lecteur trois tableaux :

1- L’opposant historique.

C’est l’histoire d’un opposant devenu par la force des choses président de la République. Son épouse officielle Gnindéban est a-sociale et imbue de sa personne. Pour ce couple, tout ce qui leur importe ce sont les jouissances charnelles et matérielles. Le narrateur nous plonge donc dans un univers où la morale sociale, les bonnes mœurs, la justice sont transgressées. Impies, veules et sans scrupules, la quête de ces différents actants se situe autour du triptyque : pouvoir-argent-sexe. Nul doute, selon l’auteur, c’est cette déconfiture de la société ivoirienne qui va entraîner la crise du 19 septembre 2002. D’où le second tableau : le soldat Declerc.

2- Le soldat Declerc

C’est un texte vaudevillesque, une sorte de récit à l’eau de rose. Un jeune soldat de 19 ans de la Licorne tombe éperdument amoureux d’une pucelle ivoirienne, étudiante de son état. Et comme les histoires d’amour se terminent toujours mal, le soldat meurt en zones rebelles dans les bras de sa dulcinée. Cette nouvelle met en relief la crise du 19 septembre 2002. Cette folie meurtrière qui s’est emparée des Ivoiriens. Toutefois, à travers ce tableau, contrairement au premier, l’auteur nous rappelle qu’en chaque homme, en dépit de tout, il existe un sentiment d’amour pur. Au-delà de cet amour, il montre les atrocités de la guerre… Dans le troisième tableau, Silver Konan fait la satire d’une corporation : l’appareil judiciaire.

3- Le sosie

Une police corrompue, un appareil judiciaire obsolète. Des policiers et juges aux esprits obtus. Tout ce cocktail va entraîner l’arrestation et la mort d’un innocent : Tiakpa. Le sosie c’est aussi la prostitution, l’amour vénal. Au total, ces différents tableaux explorent l’étroite frontière qui relie le public et le privé, les émotions intimes et les turbulences d’une société malade de son passé. Autant de pistes sur lesquelles s’aventure ce recueil de nouvelles. Une sonate subtile et machiavélique où s’orchestrent toutes les contradictions, toutes les ambiguïtés de sa patrie. Car, ce texte se présente avec l’intention de peindre la vérité.

De l’intention de peindre la vérité.

Déjà le titre ‘’l’opposant historique’’ nous situe et interpelle (p 14). Outre le titre, la référence à des patronymes tels que Dago, Béhi, Souroukou… des espaces, des faits, des pratiques : Grand-Bassam, Abidjan, Abobo, Biétry, Bouaké, Man, miliciens, Licorne, cessez-le-feu, Onuci, rébellion, patriotes, intérêts français, aéroport Félix Houphouet-Boigny d’Abidjan-Port Bouet, finit de donner l’illusion au lecteur du réalisme de l’œuvre. Car cet ouvrage a pour points d’ancrage, une époque précise, des lieux déterminés, des personnages référentiels. Si dans Le soldat Declerc et le Sosie, l’imaginaire de l’auteur a bien fonctionné a contrario dans le texte éponyme, les faits n’ont pas été retravaillés suffisamment. Il est à noter que le rôle de l’artiste, c’est de saisir l’ensemble du réel et de nous le donner à vivre dans une perspective nouvelle, c’est-à-dire artistiquement. Dommage !

Les non-dits de l’œuvre

Cette œuvre, nous le disons tantôt, est hautement politique. Mais qui dit politique, dit aussi idéologie. L’idéologie de ce texte c’est de déconstruire l’idéal des refondateurs avec son ‘’spectre’’ du nihilisme. A bien des égards, cet ouvrage présente d’une part, la perspective de donner le change et d’autre part, une sorte de réponse du berger à la bergère. Au total, malgré quelques faiblesses sur le plan de la stylisation des faits, Sylver Konan nous permet de lire autre chose que ces écrits patriotards des refondateurs.




Auguste Gnaléhi
Critique littéraire