AMON D'ABY, UN BAOBAB S'EST COUCHE


Amon Koutouan (François Joseph Amon d’Aby) né vers 1913 est mort le mercredi 10 janvier 2007. L’homme n’a vécu officiellement que 94 ans sur la terre. Mais de son vivant, il clamait qu’il était plus âgé que Félix Houphouet-Boigny, premier président de la Côte d’Ivoire, lui, né vers 1905.

Conscience critique de la société ivoirienne, Amon d’Aby a laissé à la postérité des œuvres d’une immense richesse. Amon Koutouan tout comme Bernard Dadié est un grand pionnier de la littérature ivoirienne contemporaine.

Il a fondé, avec Germain Coffi Gadeau, ‘’Le Théâtre indigène de Côte d’Ivoire’’. Né officiellement vers 1913, Amon d’Aby, après son cycle primaire, entre à l’Ecole primaire supérieure de Bingerville (EPS), qui était à sa douzième année d’existence, en 1932. Au nombre des élèves, cinq noms vont contribuer à l’émergence, à l’affirmation et au développement de la littérature moderne en Côte d’Ivoire. Il s’agit de Coffi Gadeau (1929 – 1930), Dadié (1930-1931), Amolin Animan, Aka Bilé et Amon Koutouan (1931 – 1932). On le voit, ce sont eux qui ont ouvert les vannes.

En 1934, François – Joseph Amon d’Aby arrive à William Ponty. Mais en première année de la section administrative. Il y suivra une formation d’archiviste, couronnée, en 1937 par le diplôme d’Ecole. Il fera un stage aux services des archives et bibliothèque du gouverneur général à Dakar. En 1938, de retour en Côte d’Ivoire, il prend la direction des archives jusqu’en 1959. Entre-temps, il écrit La Côte d’Ivoire dans la cité africaine (1951), Kwao Adjoba (théâtre), drame social en cinq tableaux (1956). En 1959, il part pour la France poursuivre ses études à l’Institut des hautes études d’outre-mer. En juillet 1961, il est le premier ivoirien à accéder au poste d’inspecteur des affaires administratives.

L’écriture d’Amon d’Aby.

Selon le pr Gnaoulé Oupoh (cf La littérature ivoirienne, Karthala, Ceda) à l’instar de Gadeau, Dadié et bien d’autres, Amon d’Aby n’est pas parvenu à corriger les défauts majeurs de son écriture dramatique qu’il a traînée depuis William Ponty. Ils ont pour noms : absence totale d’une approche psychologique des caractères au niveau des personnages, pauvreté des intrigues. En revanche, on observe que ses œuvres sont écrites dans un style, de plus en plus, dépouillé de lourdeur, Amon d’Aby prend véritablement soin au fil de ses écrits de se montrer le plus sobre possible. Cela dit, le contexte social dans lequel évoluent les personnages n’est presque jamais clairement présenté. Une conscience critique de la société ivoirienne

Pour le Pr Sidibé Valy, Amon d’Aby est une conscience critique de la société ivoirienne contemporaine. La preuve ! Ces ouvrages sur les coutumes Agni, à titre d’exemple Croyances et religion en pays Agni et Kwao Adjoba vont amener le législateur à prendre des décisions pour uniformiser le système d’héritage. Désormais les enfants sont tenus d’hériter du père et non le neveu. « Amon d’Aby en élaborant une pièce tenait compte des facteurs socio-culturels », dixit M. Valy et de renchérir : « Amon d’Aby est une grande figure historique. Parce qu’ayant vécu à la fois la colonisation, le post-colonialisme, l’indépendance et la post-indépendance ». Comme on le constate, la vie d’Amon d’Aby est un cheminement, un itinéraire.

Sa vie, à n’en point douter, doit être un instrument primordial dans le décryptage de ses ouvrages tantôt ethnosociologiques, tantôt littéraires. Pour services rendus à la nation, il est élevé au rang de commandeur de l’ordre national de Côte d’Ivoire. La France, l’ancienne puissance coloniale, l’a fait officier de l’ordre du mérite de la République.

Ses pairs regroupés dans l’association des écrivains de Côte d’Ivoire (AECI) avaient organisé un dîner-gala en hommage aux pionniers. C’était le 11 avril 2000 sous la houlette de Maurice Bandaman, alors président de l’Aeci. Hélas ! Malade, Amon d’Aby n’a pu être au rendez-vous. Après une vie pleine, Amon Koutouan, pardon Nanan, a rejoint ses ancêtres à Ebolô.

Il repose en paix à Aby, son village natal à 26 km d’Aboisso.

Bibliographie:

- La Côte d’Ivoire dans la cité africaine, Paris Larose, 1951
- Kwao Adjoba (théâtre)
- Croyances religieuses et coutumes juridiques des Agni de Côte d’Ivoire Paris Larose, 1960
- Vie administrative en Loire Atlantique (France)
- Mémoire de stage en 3 tomes, 516 pages Paris IHEOM
- Le regard mortel (conte) Dakar – Abidjan Nea 1977
- Le singe noir et la tortue (conte) Nea 1977
- Proverbes populaires de Côte d’Ivoire Ceda, 1984
- Le problème des chefferies traditionnelles en Côte d’Ivoire, Nea, 1988
- Le théâtre en Côte d’Ivoire des origines à 1960 Ceda 1988
- La Mare aux Crocodiles (conte) Nea, 1994
- Le murmure du Roi (conte) Nea 1984
- Notice historique et ethnographique du village d’Aby, Nei 1995
- Les aventures du Coq, Ceda 2003
- Le guide de l’inspecteur des services administratifs.


Auguste Gnaléhi