DES POEMES AUTOBIOGRAPHIQUES





Inna, la fille d’Hampaté Ba, vient de publier chez Ceda/ Nei un recueil de poèmes avec un titre évocateur : Quand la douleur se fait mots. Une oeuvre autobiographique qui plonge le lecteur dans le carcan de l’univers d’une âme en peine, une mère éplorée.

Oui, la mère était devoir
Non plaisirs éphémères.
Oui, les regrets sont vraiment
Les attributs de la mort
La mort, n’est-ce pas la faiblesse ?
Samba, je te veux vie
La vie c’est la force

La force d’être et la force de l‘être.

Quand la douleur se fait mots. Un prétexte pour exhumer une douleur, la mort d’un fils, victime des déchets toxiques. Un microcosme. Un coup de maître. Un recueil de poèmes traversé par des pleurs, des larmes, la souffrance. Poésie introspective. Poésie thérapeutique. Toujours est-il qu’un constat s’impose : l’art prend sa source dans le plus grand malheur de l’humanité ; la mort. Et ce ne sont pas les mythologies bété et gréco-romaine qui nous diront le contraire. L’ouvrage se présente comme l’expression de la plus grande douleur. Les grandes douleurs, dit-on, étant muettes, elles se font dans ce cas de figure art, mots pour extérioriser la peur, la souffrance de l’âme, l’émotion d’une mère éplorée.

De l’expressionnisme.

Quand la douleur se fait mots est plus qu’une simple autobiographique. Ici, c’est la création poétique et versifiée qui engendre l’écriture autobiographique. Pourtant, a priori, l’univers poétique, qui souvent a recours aux images, au lyrisme, ne semble pas s’accorder avec l’univers autobiographique. Mais pour Inna, on ne peut réduire la poésie à une simple image, propice au lyrisme. En un mot, selon Inna, toute poésie ne peut être que lyrique. Toutefois, le lecteur n’y trouvera pas une description chronologique de la vie d’Inna Hampaté Ba. Mais deux portraits historiques à travers lesquels elle tente de saisir sa propre image. Cette description constitue un enrichissement pour le lecteur qui vient se frayer un chemin dans l’univers de cette mère éplorée. Car Inna y exprime non seulement la trame de sa poésie, mais sa vision philosophique et esthétique. Il est à noter que
l’aspect politique n’est pas moins important.

Le regard clair mais voilé.
La vie de mon enfant m’a échappé
Je n’ai rien senti venir.

La première autobiographie. C’est l’œuvre elle-même. On y trouve une sorte de prédominance de la culture peulh. Bercée par les chants et ballades de ses ancêtres, Inna d’une manière allégorique parle de son enfance, de son éducation, de sa manière de percevoir la cosmogonie des siens (Mon repère).

La poésie de la fille d’Amadou Hampaté Ba est la manifestation d’une culture, expression d’un peuple. La seconde autobiographie, éponyme du titre, est plus spécialement consacrée à son attitude sous le choc de la disparition de son fils, la douleur du décès d’un frère (Kader), la peine d’une fille esseulée (La sœur éplorée). Et surtout sa tristesse au chevet d’un père malade (Lumière).

Au regard de ce qui précède, Inna est expressionniste. Elle se sert de cette forme artistique (qui est de donner à une œuvre le maximum d’intensité expressive) pour mieux exprimer ses angoisses, le tragique qu’elle vit et traverse. De l’écriture d’Inna Hampaté Ba.

Ce recueil de 61 poèmes, fondés tantôt sur des mètres libres tantôt sur des rimes, déroule des aquarelles poétiques nées dans ou de la douleur, dans ou de la peine et de l’errance (La marche). Le plus grand charme de ce recueil, c’est que certains vers sont parfois très ‘’en-allés’’. Ici, nous avons une toponymie onirique et épique où surgissent les évocations mythiques de la souffrance psychologique, le déchirement. Ainsi, de cette manière, en pratiquant cette forme langagière, Inna parvient à consolider un ‘’je’’ poético-autobiographique à un ‘’je’’ lyrique.

Bien plus, ce recueil structuré par des souvenirs-écrans devient par moments une cure psychanalytique et une libération sous forme d’émotion, d’une représentation refoulée dans l’inconscient et responsable de troubles psychiques.

A partir de cette psychanalyse, Inna s’est construit une mythologie personnelle axée autour de son nom de famille : Amadou Hampaté Ba. Au fur et à mesure des arabesques verbales, Inna transcende la douleur, la mort et se réfugie dans sa foi religieuse, dans la méditation. Un coup de maître ! Que la lecture de ces poèmes serve de thérapie !



Auguste Gnaléhi